Nouveautés taxinomiques chez les cichlidés d’Afrique de l’ouest.


Deux articles publiés au mois d’octobre (*) apportent quelques changements chez les cichlidés d’Afrique de l’ouest.

P. irvinei photo de M. Negrini

Tout d’abord Weiss et ses co-auteurs (2019) décrivent le genre monospécifique nouveau Paragobiocichla pour Gobiochromis irvinei Trewavas, 1943. Ce cichlidé rhéophile aux lèvres bleues endémique du bassin de la Volta au Ghana et au Burkina Faso avait été placé dans le genre Steatocranus en 1976 malgré son aire de répartition bien éloignée de celle des sept autres espèces endémique du bassin du Congo et quelques différences (taille supérieure, présence d’écailles sur les joues). La morphologie similaire de toutes ces espèces pouvant laisser croire à une proche parenté. Cependant depuis le travail de Dunz et Schliewen (2013) nous savions qu’il s’agissait d’un nouvel exemple de convergence évolutive, le cichlidé aux lèvres bleues s’est avéré être assez éloigné des Steatocranus. Replacer irvinei dans Gobiochromis n’etait pas envisageable, il s’agit en effet d’un synonme de Steatocranus du fait que son espèce type est Steatocranus tinanti.
Le nouveau nom de genre Paragobiocichla a été choisi pour mettre en avant la relation proche avec les deux espèces de cichlidés rhéophiles du genre Gobiocichla du bassin du Niger et du Cross. La différence notable entre les deux genres est la présence d’une ligne latérale unique chez Gobiocichla. A noter que ces deux genres forment la tribu des Gobiocichinii en compagnie de trois anciens Tilapia toujours en position incertaine (« Tilapia » pra , « T. » busumana et « T. » brevimanus). J’espère pouvoir vous annoncer prochainement un genre nouveau pour ces derniers.


Ensuite le genre Thysochromis est révisé. Walsh et ses co-auteurs (2019) confirme la synonymie de T. annectens avec T. ansorgii et décrivent une nouvelle espèce originaire des plaines côtières de la République démocratique du Congo. Cette dernière ne vient pas d’être découverte puisque dès 1991 deux individus originaires de la République Démocratique du Congo étaient attribués à T. ansorgii bien que distants de plus de 1000 km des autres populations de l’espèce. Depuis de nouvelles collectes dans la région ont permis d’obtenir plus de spécimens, de les étudiés et de décrire la nouvelle espèce Thysochromis emili. Ces poissons semblent assez localisés et sont trouvés dans des lacs et des rivières bien oxygénés où ils sont capturés dans l’eau peu profonde près des berges avec une végétation rivulaire surplombante abondante. L’eau est indifféremment noire ou claire, ce qui donne des indications sur sa possible maintenance en aquarium. Je ne peux malheureusement pas illustrer cet article avec une photo de la nouvelle espèce mais elle est, de toute façon, similaire à Thysochromis ansorgii ; la principale différence pour nous aquariophile étant l’origine géographique.
Dunz, Andreas R. & U.K. Schliewen. 2013. “Molecular phylogeny and revised classification of the haplotilapiine cichlid fishes formerly referred to as “Tilapia””. Molecular Phylogenetics and Evolution. v. 68(n. 2013), pp. 64-80
Walsh, Gina & Anton Lamboj & Melanie L.J. Stiassny. 2019. “Review of the cichlid genus Thysochromis (Teleostei: Ovalentaria) with the description of a new species from the Kouilou Province in the Republic of Congo, west–central Africa”. Journal of Fish Biology.

(*) au moment où j’écris ces lignes la version papier de cet article n’est pas encore publiée mais le manuscrit a été accepté pour publication.
Weiss, J.D & F.D.B. Schedel, Zamba, A., Ibala, E.J.W.M.N. Vreven,& U.K. Schliewen. 2019. “Paragobiocichla, a new genus name for Gobiochromis irvinei Trewavas, 1943”. Spixiana. v. 42(n. 1), pp. 133-139

Florent