Congolapia, nouveau genre de tilapies du Congo

Le démembrement du genre Tilapia, commencé à la fin des années 1970 par Ethelwynn Trewavas avec l’érection des taxons Sarotherodon, Oreochromis et Danakilia au rang de genre, qui suscita bien des controverses à l’époque, se poursuit aujourd’hui sereinement avec la description du genre Congolapia pour un petit groupe de trois espèces originaires du bassin du fleuve Congo. À C. bilineata (espèce type du nouveau genre) et C. crassa, précédemment inclus dans le genre Tilapia, se rajoute Congolapia louna, une espèce nouvellement décrite. C. louna n’est connu que de cinq spécimens de la Louna, affluent de la Léfini, lui-même affluent du fleuve Congo, tandis que les deux autres espèces sont largement distribuées dans le bassin central du Congo. Les trois espèces diffèrent entre elles par leurs proportions corporelles ainsi que par certains caractères méristiques et par le patron mélanique.

Plus intéressante est la phylogénie de ces espèces, dont le genre nouvellement créé Congolapia s’avère le plus proche du « fameux » (du moins pour les mordus) Chilochromis (genre monospécifique avec C. duponti ), un tilapie plutôt énigmatique à la denture d’herbivore spécialisé. Atteignant d’assez grandes tailles et peu colorés, tous ces tilapies intéresseront surtout les spécialistes, en espérant toutefois que ces poissons fassent souche dans le cercle assez restreint des amateurs de cichlidés ouest- et centre-africains rares. Ce cercle, dont notre ami Anton Lamboj d’Autriche est le représentant le plus emblématique, comporte des membres actifs et passionnés dans notre association, sur lesquels nous comptons pour une introduction dès que possible en France et… des articles, bien sûr.

Patrick Tawil
17 décembre 2012

Dunz A.R., E. Vreven & U.K. Schliewen 2012. Congolapia, a new cichlid genus from the central Congo basin (Perciformes: Cichlidae). Ichthyological Explorations of Freshwaters. v. 23(n. 2), pp. 155-179.

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Eretmodus marksmithi

Eretmodus marksmithi, un nom scientifique pour l’un des Eretmodus sp. « Nord ».

Oui, mais lequel ? En réalité, il existe deux Eretmodus du Nord différents d’E. cyanostictus, tous deux appelés « cyanostictus north », puis « north » tout court, ou encore « full bar » par les exportateurs, puisque contrairement au vrai E. cyanostictus dont les barres sont incomplètes sur les flancs, celles de ces Eretmodus remontent jusque dans la nageoire dorsale.

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Couple de E. cf. marksmithi avec un Eretmodus sp. “Ubwari” en bas à gauche, tous de Makombe

L’auteur de cette description n’est autre que Warren Burgess, descripteur de plusieurs cichlidés des lacs africains pendant les années 70, manifestement secondé par Mark Smith lui-même, qui
lui a fourni les spécimens, pêchés à Makombe, au Burundi et expédiés par Fishes of Burundi. La publication mentionne pourtant bien l’existence d’une espèce cryptique au sein des Eretmodus
sp. « Nord », révélée par un article de votre serviteur paru dans Cichlid News (n°4, 2009). Cet article montrait clairement, notamment par ses illustrations, les différences entre les deux formes et leur existence dans la même région du nord-Congo, ainsi qu’au moins une mention en Tanzanie.

Malheureusement, ces auteurs ont été un peu trop confiants dans le fait que les spécimens provenant de Makombe ne pouvaient être que le sp. « Nord » « classique », et non le sp. « Ubwari » de mes articles (pourtant cités en bibliographie) lequel, croyaient-ils, ne se rencontrait qu’au nord-Congo. Or, comme l’a révélé un addendum à la version française de mon article parue dans la RFC de septembre et dont les AFCistes ont eu la primeur, non seulement les deux espèces existent sur la côte est, mais elles sont toutes deux exportées simultanément de Makombe, manifestement confondues par l’expéditeur. J’ai ainsi pu constater à plusieurs reprises que les deux espèces étaient mélangées dans les lots en provenance de Makombe, et mes observations en aquarium ont confirmé les différences chromatiques, morphologiques et éthologiques entre les deux espèces déjà observées sur les spécimens nord-congolais.

En conséquence, il est plus que probable que la série type d’Eretmodus marksmithi (6 spécimens) contient des membres des deux espèces. L’identité exacte de l’espèce dépend donc maintenant de celle de l’holotype. Malheureusement, celui-ci est présenté mort, sa coloration est donc inconnue. Quant à sa morphologie, la photo –d’assez piètre qualité- ne permet pas de se faire une opinion de la forme de son museau. Par ailleurs et surtout, bien qu’il soit le plus grand de la série type, il ne mesure que 4,7 cm de longueur standard (env. 6 cm de longueur totale), une taille insuffisante, à laquelle les différences morphologiques sont moins tranchées que chez les adultes. Un autre spécimen photographié vivant par M. Smith montre un individu avec beaucoup de bleu sur la tête qui semble être un sp. « Ubwari », excepté que selon sa taille, et en fonction des réglages Photoshop qu’a pu subir la photo, il reste possible qu’elle représente quand même un jeune sp. « Nord ».

En bref, d’un point de vue pratique, notamment pour les aquariophiles, quelle espèce est censée représenter Eretmodus marksmithi ? Malgré les imperfections de cette description originale et les incertitudes qui subsistent, le plus pragmatique est de considérer qu’il s’agit bien du sp. « Nord », ne serait-ce que parce que c’est la position « officielle » de la publication, raison pour laquelle la plupart des auteurs retiendront cette identification. Il s’agit bien entendu d’un pis-aller, ceci dit, j’ai pu constater que statistiquement, le sp. « Nord » était nettement plus abondant dans les importations que le sp. « Ubwari » (environ 2 à 3 fois plus) ; l’holotype a donc davantage de chances de bien représenter l’Eretmodus sp. « Nord ». Quoi qu’il en soit, un travail taxinomique par comparaison des proportions de spécimens de taille similaire avec l’holotype (en particulier au niveau de la tête et de la bouche) sera nécessaire pour confirmation.

Patrick Tawil
21 novembre 2012

 

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Lepidiolamprologus kamambae, un nouveau lamprologue prédateur de Tanzanie

Non, il ne s’agit pas d’une faute de frappe: kamambae -et non nkambae– est bien le nom de ce nouveau Lepidiolamprologus décrit par Kullander et deux membres d’une compagnie exportatrice de cichlidés (African Diving), Magnus Karlsson et Mikael Karlsson, qui en sont les découvreurs :

Kullander, S., M. Karlsson & M. Karlsson. 2012. Lepidiolamprologus kamambae, a new species of cichlid fish (Teleostei: Cichlidae) from Lake Tanganyika. Zootaxa. (n. 3492), pp. 30–48.

En résumé, la nouvelle espèce est endémique de l’île de Kamamba, au large de la côte sud-est du lac Tanganyika, en Tanzanie. La nouvelle espèce est proche des grands prédateurs que sont L. elongatus, L. kendalli et L. mimicus, et à un moindre degré de L. profundicola. Elle se distingue de ses cousines par les proportions de son corps et par son patron de coloration. L’espèce dont elle est le plus proche est L. kendalli, dont les auteurs la distinguent par la longueur moindre du dernier rayon dur de la dorsale et la présence de taches discontinues au lieu de lignes brisées ou de lignes complètes sur les flancs.

P.Tawil_Lepidiolamprologus_kendalli_Kasanga

Lepidiolamprologus kendalli Kasanga

A noter que le patron de coloration de L. kendalli étant assez variable, les critères chromatiques sont d’une signification limitée, et L. kamambae pourrait n’être considéré que comme une variété géographique (sous-espèce) de L. kendalli plutôt qu’une espèce à part entière. La localité type de L. kamambae est située très au nord de celles de L. kendalli et L. nkambae. Alternativement, L. kamambae est présenté par certains auteurs comme pouvant être une variété géographique de L. elongatus (sur le site Cichild Room Companion). A noter également que Kullander appuie la proposition faite par différents auteurs (et qui me paraît justifiée compte tenu de la faible distance entre leurs localités types) de considérer L. nkambae comme synonyme de L. kendalli.

Patrick Tawil
20 novembre 2012

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